Rose

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J’aime le noir, je me sens dans mon élément, non pas que je veuille vivre cachée bien au contraire. Mais c’est là où j’ai grandi, dans le noir, au fond de mon trou bien à l’abri. J’aimerais croire que c’est pour mon bien, que ma place est ici. Avec les années, j’ai compris qu’elle m’avait bien enfoui pour se protéger, à croire que je lui veuille du mal. Elle n’a pas compris… Au fond de mon puit, elle a fini par m’oublier.
J’aime les petites pièces, les murs m’enlacent et me serrent contre leurs pierres, je m’y sens en sécurité.
Je n’ai jamais vu mon visage ni mon corps d’ailleurs. J’en connais les contours par mes caresses et sa résistance à force de le jeter contre les parois les soirs de désespoir.
Parfois, il m’arrive d’hurler juste pour entendre ma voix se fracasser contre les murs. Je crie si fort que les pierres en tremblent pendant des heures ou des jours, je ne saurais dire… Le temps n’a pas de prise sur moi.
Il fut une époque où je me suis rebellée contre elle. J’ai escaladé les murs de ma prison. Je grimpais lentement vers la sortie, mes doigts se faufilant dans le moindre creux. Chaque centimètre était une victoire. Chaque chute était une raison de plus pour recommencer. Je suis patiente, je n’ai pas peur du temps.
Je montais inlassablement, je chutais inévitablement, je réussissais sans m’en rendre compte.
L’ascension devint de plus en plus facile ; mon corps avait retenu les emplacements des prises. Je grimpais encore et encore dans le noir, mon souffle sur la pierre.
Puis mon ascension fut stoppée nette par une lourde pierre; mon cœur explosa de joie dans ma poitrine. La sortie était juste là, juste derrière cette énorme pierre. Je m’assurai de mes prises et la frappai violemment avec mon épaule. La pierre ne bougeait pas.
Je recommençais plus fort, une vive douleur parcouru mon corps. La pierre ne bougeait pas.
Je tremblais de fatigue, de douleur. La rage m’emporta. Je me jetais de toutes mes forces, la pierre crissa. L’éclat de mon corps contre le sol lui répondit.

J’avais créé une brèche.

C’est par un soir d’orage que je vis la lumière pour la première fois.

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