Fantasme de la Bête

Immobile, un ours immense m’observe, je n’ose pas bouger. Ses yeux noirs me fixent, étudiant mon corps. Je serre les poings, bombe le torse pour me faire plus imposante.
Mon cœur bat de plus en plus vite à mesure que son regard me dévore, le temps semble ralentir. Il a l’air si sûr de lui ; j’en ai la chair de poule.  Je suis terrorisée, mon corps refuse de bouger. Pourtant je sais qu’il faudra fuir. Il semble attendre que je sonne le début de la chasse et passe lentement la langue sur ses babines.
Je dois tenter ma chance, tenter de fuir pour vivre. Je me retourne et me lance dans une course effrénée. Je m’élance à travers les hautes herbes, les ronces me griffent les mollets laissant sur ma peau une trace de mon passage. L’envie de me retourner me tiraille. Je veux savoir s’il me poursuit mais j’ai trop peur de ralentir. Chaque pas m’éloigne un peu plus de lui, chaque pas est une seconde de plus à vivre. Alors je cours, je cours sans me retourner. Je l’entends qui grogne derrière moi. Il me chasse.
Mon cœur cogne dans ma poitrine, j’accélère mon rythme pour mettre plus de distance.
Je traverse une rivière, l’eau froide me glace les pieds, par réflexe je recule. Je n’ai pas le choix, je dois continuer d’avancer. J’inspire profondément et lance mes premiers pas dans l’eau glaciale. Mes muscles se contractent au contact du froid. J’avance, luttant contre mon corps qui frissonne. J’essaie de garder l’équilibre mais les galets dans le lit de la rivière sont couvert de vase. Je prie pour ne pas tomber. Mais il n’y a pas de dieu pour répondre à mes suppliques. Je glisse et tombe dans l’eau. Frigorifiée, terrifiée, je me retourne. L’ours n’est pas loin… L’adrénaline me donne le coup de fouet dont j’ai besoin pour me relever. Je reprends ma course, et l’entends derrière moi se jeter à l’eau. Je sors enfin de la rivière, mes jambes tremblent autant de froid que de peur. Les cailloux au sol me coupent les pieds.
Un puissant rugissement me stoppe net dans ma course. Ce cri pénètre mon corps, me coupe le souffle. A ce moment précis, je sais que je n’ai plus une chance de le semer. Mais je refuse d’abandonner.  Je continue d’avancer, ma course est moins sûre, plus lente ; les forces me manquent. Je regarde autour de moi, cherche un trou, une cachette où me faufiler. C’est la seule issue. Mais je ne vois rien à part ce paysage magnifique. Les couleurs m’aveuglent, le soleil me brûle la peau. Je tourne sur moi-même, il faut que je trouve quelque chose. Je ne peux plus fuir. Je n’ai pas le temps de me cacher : il faudra que je me batte. Je fouille le sol. Mes yeux se posent sur une pierre… une branche morte… Trop tard, l’ours m’a déjà rattrapée. Il est à peine essoufflé. Il me tourne autour.  Son odeur de bête envahit l’air, se colle dans ma gorge. Je tourne en même temps que lui pour l’avoir toujours en face, je tends les mains… J’espère quoi ? Je ne sais pas… Qu’il se calme… Qu’il m’oublie… Je rêve… Je désespère…

Il bondit, me projette au sol, j’ai réussi à caler un bras sous son cou. Mais il est trop lourd, trop puissant, je n’arrive pas éloigner sa tête. Sa gueule s’approche lentement. Son souffle caresse mes joues. Un filet de bave dégouline le long de ses babines et coule sur ma nuque. Je tremble sous son poids, je me débats, son sexe durci contre moi… L’ours, plaqué contre moi, bloque mes mouvements. J’étouffe sous son poids. Je retiens mes larmes, serre les dents. Mon bras faiblit contre sa force. Il me lèche le cou, les seins. Un espoir né en moi, que peut-être je ne mourrai pas maintenant… Que peut-être il me veut vivante… J’essaie de me rassurer. Sa langue passe sur un téton qu’il mord, j’hurle.
Mes espoirs s’effondrent.

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